Juliette PhillipsPsychologue clinicienne
Attachement

Dépendance affective, évitement, peur de la solitude

Trois façons différentes de vivre le même problème : un lien qui fait peur, qu’on le fuie ou qu’on s’y accroche.

Le mode d’attachement

Comprendre pourquoi le lien à l’autre peut devenir une source d’angoisse, se libérer des schémas qui se répètent et construire des relations plus sécurisantes.

Nous n’aimons pas tous de la même manière.

Certaines personnes s’accrochent au lien, parfois jusqu’à s’oublier. D’autres prennent leurs distances dès que la relation devient trop proche. D’autres encore vivent très difficilement la solitude et passent d’une relation à une autre sans parvenir à rester seules.

Ces fonctionnements peuvent sembler très différents. Pourtant, ils ont souvent une même origine : un sentiment d’insécurité dans le lien à l’autre.

Notre manière d’entrer en relation se construit très tôt, à travers nos premières expériences affectives.

Nous apprenons peu à peu si l’autre est disponible lorsque nous avons besoin de lui, si nous pouvons compter sur lui, si nous avons le droit d’exprimer nos besoins ou encore si le lien peut disparaître à tout moment.

Ces expériences construisent ce que l’on appelle notre mode d’attachement.

Avec le temps, celui-ci devient en grande partie automatique.

Même lorsque nous savons rationnellement qu'une relation n'est pas bonne pour nous, quelque chose peut continuer à nous retenir. À l’inverse, nous pouvons rencontrer quelqu’un de disponible et bienveillant et ressentir malgré tout l’envie de fuir.

La tête comprend. Le système émotionnel, lui, continue parfois à réagir à une histoire beaucoup plus ancienne.

Trois façons de vivre l’insécurité dans le lien

La dépendance affective

Le besoin de l’autre prend progressivement trop de place.

Vous pouvez avoir peur d’être quitté(e), rechercher constamment des signes d’amour ou de réassurance, avoir du mal à poser vos limites ou accepter certaines situations simplement pour préserver la relation.

Vous savez parfois que vous vous oubliez dans le lien… mais l’idée de perdre l’autre semble encore plus difficile.

La rupture, la distance ou même un simple changement de comportement de l’autre peuvent alors provoquer une très forte insécurité.

Il ne s’agit pas d’« aimer trop ».

Il s’agit souvent de faire dépendre sa sécurité affective, et parfois sa propre valeur, de la présence de l’autre.

L’attachement évitant

À première vue, le fonctionnement semble presque opposé.

Vous avez besoin d’espace, d’indépendance, et pouvez vous sentir rapidement envahi(e) lorsque quelqu’un se rapproche trop.

Vous pouvez rencontrer des personnes qui vous plaisent puis commencer à douter, leur trouver soudainement des défauts, perdre votre désir ou ressentir une envie irrépressible de prendre vos distances dès que la relation devient sérieuse.

Ce n’est pas nécessairement un manque de sentiments.

La proximité émotionnelle peut simplement réveiller une sensation de danger ou de perte de liberté.

La distance devient alors une manière de se protéger du lien.

La peur de la solitude

Pour certaines personnes, être seules est particulièrement difficile.

Il ne s’agit pas simplement d’aimer être entouré(e).

Le célibat, une soirée seul(e), une absence de nouvelles ou le silence peuvent réveiller une sensation de vide, d’abandon ou une forte anxiété.

On peut alors rester dans une relation qui ne convient plus, retourner vers quelqu’un dont on sait qu’il nous fait souffrir ou se remettre rapidement en couple simplement pour ne pas se retrouver seul(e).

Derrière cette peur se cache souvent une question beaucoup plus profonde :

que se passe-t-il en moi lorsque l’autre n’est plus là ?

Ce qui se rejoue

Ce n’est pas toujours la mauvaise personne qui se répète. C’est parfois le même schéma relationnel qui cherche une autre histoire pour continuer d’exister.

On peut parfaitement comprendre son fonctionnement et pourtant reproduire les mêmes relations.

Choisir des partenaires peu disponibles.

S’accrocher lorsque l’autre s’éloigne.

Perdre son intérêt lorsqu’une personne devient réellement disponible.

Confondre intensité émotionnelle et amour.

Se sentir attiré(e) par des relations instables tout en s’ennuyant dans une relation sécurisante.

C’est précisément pour cela que comprendre est indispensable, mais ne suffit pas toujours.

Le travail consiste aussi à aller rencontrer ce qui se réactive émotionnellement dans le lien.

Comprendre

La première étape consiste à mettre du sens sur ce qui se joue.

Identifier son fonctionnement relationnel.

Comprendre ce qui déclenche la peur de perdre l’autre ou, au contraire, le besoin de prendre ses distances.

Repérer les situations qui réveillent l’abandon, le rejet, l’intrusion ou la peur de l’engagement.

Et progressivement faire le lien avec l’histoire affective dans laquelle ces réactions se sont construites.

Cette compréhension permet déjà de sortir d’une idée très culpabilisante :

« Il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »

Il y a surtout un fonctionnement qui s’est construit pour vous protéger et qui, aujourd’hui, n’est peut-être plus adapté à votre vie.

Se libérer

Comprendre pourquoi vous avez peur d’être abandonné(e) ne suffit pas nécessairement à faire disparaître cette peur.

De la même manière, savoir que votre partenaire actuel n’est pas la personne qui vous a blessé(e) autrefois n’empêche pas toujours votre corps de réagir comme si le danger était toujours présent.

Le travail thérapeutique consiste alors à aller plus loin que la seule compréhension.

À rencontrer les blessures qui continuent de se réactiver.

La peur de l’abandon.

Le rejet.

La sensation de ne pas être suffisamment aimé(e).

La peur de perdre sa liberté.

Le sentiment de ne pouvoir compter que sur soi.

L’EFT permet notamment de travailler directement sur la charge émotionnelle associée à certaines situations.

L’hypnose régressive peut permettre de revenir vers les expériences plus anciennes qui continuent d’alimenter certaines réactions.

Les constellations familiales et systémiques peuvent également éclairer des dynamiques familiales ou transgénérationnelles qui influencent parfois notre manière d’être en lien.

Plusieurs portes d’entrée peuvent être utilisées pour une même intention : ne plus laisser les blessures anciennes décider de nos relations présentes.

Construire autrement

Sortir de la dépendance affective ne signifie pas devenir totalement indépendant(e) et ne plus avoir besoin de personne.

Et sortir de l’évitement ne signifie pas devoir renoncer à son besoin d’espace ou de liberté.

L’objectif est différent.

Il s’agit progressivement de développer un attachement plus sécure.

Pouvoir aimer sans se perdre.

Pouvoir être proche sans se sentir enfermé(e).

Pouvoir être seul(e) sans se sentir abandonné(e).

Exprimer ses besoins sans craindre que l’autre parte.

Poser ses limites sans craindre de perdre le lien.

Et surtout, ne plus faire dépendre sa sécurité intérieure uniquement de la relation.

La relation cesse alors d’être le lieu où l’on cherche désespérément à réparer quelque chose et peut redevenir un espace de rencontre entre deux personnes.

Attachement et relations toxiques

Les difficultés d’attachement peuvent également rendre certaines personnes particulièrement vulnérables aux relations d’emprise.

La peur de l’abandon peut pousser à tolérer de nombreuses situations pour ne pas perdre l’autre.

Le besoin d’être rassuré(e) peut rendre particulièrement puissant le mécanisme d’alternance entre rapprochement et rejet.

Et lorsqu’une relation devient toxique, le lien peut paradoxalement devenir encore plus difficile à quitter.

Si vous êtes actuellement confronté(e) à ce type de relation, vous pouvez également consulter la page :

Relations toxiques et emprise narcissique

Ce qui guide ce travail
Devenir libre d’aimer sans dépendre, sans fuir et sans se perdre.
À savoir

Questions fréquentes

Comment savoir si je suis en dépendance affective ?

Il ne s’agit pas simplement d’aimer beaucoup quelqu’un ou d’avoir besoin d’une relation. La question est plutôt de savoir ce que vous êtes prêt(e) à abandonner de vous-même pour conserver le lien. Lorsque la peur de perdre l’autre vous conduit régulièrement à renoncer à vos besoins, vos limites, vos valeurs ou votre bien-être, il peut être intéressant d’explorer cette dimension.

Peut-on être à la fois dépendant et évitant ?

Oui. Les modes d’attachement ne sont pas toujours aussi simples qu’une catégorie unique. Certaines personnes recherchent très fortement la proximité puis prennent leurs distances lorsqu’elles l’obtiennent. Elles peuvent alterner besoin intense de l’autre et peur du lien. C’est notamment ce que l’on retrouve dans certains fonctionnements d’attachement plus désorganisés ou chaotiques.

Pourquoi suis-je attiré(e) par des personnes indisponibles ?

Parce que ce qui nous est familier n’est pas nécessairement ce qui nous fait du bien. Une relation émotionnellement instable peut parfois réveiller des sensations déjà connues et être inconsciemment interprétée comme particulièrement intense ou attirante. Le travail consiste progressivement à ne plus confondre intensité, insécurité et amour.

Peut-on travailler sur la dépendance affective lorsqu’on est célibataire ?

Oui, et cela peut même être une période particulièrement intéressante. Lorsque la relation n’active pas constamment les peurs et les automatismes, il devient parfois plus facile d’observer ses fonctionnements, de travailler les blessures anciennes et de construire une sécurité intérieure différente avant une nouvelle rencontre.

Peut-on réellement changer son mode d’attachement ?

Oui. Le mode d’attachement n’est pas une identité figée. Il s’est construit à travers des expériences relationnelles et peut évoluer grâce à de nouvelles expériences, au travail thérapeutique et au développement progressif d’une relation plus sécurisante avec soi-même et avec les autres.

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